Historique

 

 

Texte rédigé par Henri, un ancien Baryton, pour le soixantième anniversaire de la Chorale :

 

« Ma grand-mère – la sainte femme – avait coutume de dire, lorsque les circonstances la dépassaient : « Alors ça, c’est plus fort que le roquefort ! » D’aucuns auraient préféré la formule : « C’est un peu fort de café ! »

​Moi, ce soir, j’en suis baba ! Ce qui m’arrive rabaisse roquefort et café au rang de fadaises… fadasses : c’est beaucoup plus fort que tout ça !

​Imaginez : cela ne fait pas tout à fait un an que je suis entré dans cette chorale et, sous le fallacieux prétexte que j’ai commis quelques élucubrations dans son journal, le COUAC, me voici bombardé son héraut pour la célébration de son 60ème anniversaire. Notez bien que j’écris héraut, h,é,r,a,u,t ; même si, pour accepter, il m’a fallu beaucoup d’héroïsme… ou d’inconscience.

 

​Couac on dise, Couac on fasse, me voici au pied du mur, je dirais presque le dos au mur, face à un peloton d’exécution, certes sympathique, mais intimidant.

​Couac je dise, Couac je fasse, il me faut retracer 60 années de l’existence d’un choeur, dont je n’ai partagé que la dernière. Par bonheur, peu d’entre vous étaient là dès le départ, dès la fondation, en l’an de grâce 1952. C’était l’époque où le chant choral connut en France une forte expansion, dont le mouvement « À Choeur Joie » reste un exemple sur le plan national.

​Donc, en 1952, un illuminé, un prophète, Lucien Tognan… eut la riche idée de lancer une chorale à Toulouse, ville qui de toujours nourrit une passion pour le chant. Il la baptisa « Les Pavés Toulousains » : pourquoi « pavés » ? Je l’ignore. Couac il en soit, le pavé était lancé dans la mare et les ondes de choc successives n’ont cessé de se propager pour arriver jusqu’à nous.

​Je ne sais pratiquement rien du style, du fonctionnement ni des activités de ce choeur naissant. J’ai noté qu’il avait bien la bougeotte, puisqu’on le signale, à peine 2 ans plus tard, à un festival traditionnel populaire à Paris. Tiens ! Il était déjà question de « populaire » ! On le retrouve encore à Paris en 1957 après un voyage en Roumanie, l’année précédente.

 

​En 1962, il faut croire que les pavés n’étaient pas encore à la mode – un joli mois de mai parisien ne tardera pas à la lancer – et les « Pavés Toulousains », pour leurs 10 ans, se métamorphosent, d’un coup de baguette, en « Chorale Populaire de Toulouse », perdant en poésie ce qu’ils gagneront en populaire. L’année suivante, le choeur remporte un 1er prix lors d’un concours de chant à Blois ; suivons-le en 1965 au festival de Vizille, en 69 au concours international de Paris, avant qu’il ne remporte, en 70, le 1er prix au concours international de chant choral, à Tarbes.

​Diantre ! La barre a été placée haute ! Notons encore en 71, à Saint-Raphaël, une rencontre avec Louis Durey, compositeur membre du célèbre Groupe des Six.

 

​En 1972, notre jeune chorale, que nous avions laissée, 10 ans plus tôt, avec ses bouclettes brunes, son kiki dans les cheveux et sa jupe en Vichy, va fêter ses 20 ans ; c’est une sémillante jeune fille aux joues hâlées et aux jupes raccourcies qui s’apprête à faire tourner les choeurs (avec un H, bien sûr). Le point culminant de son anniversaire sera une représentation au prestigieux théâtre Daniel Sorano. Nous la perdons de vue quelques années avant de la retrouver au festival de Montpellier en 1978, puis en 81.

​1982 : 30 ans. La jeune fille s’est épanouie, sans rien perdre de son charme juvénile. L’évènement sera marqué par deux émissions à France-Musique ; de quoi attraper la grosse tête. Mais non ; l’année suivante, à la cathédrale St-Étienne, elle participe à la création de la « Messe de Montserrat » de Xavier Darasse, compositeur toulousain, décédé depuis. D’autres prestations : Chorus 87 à Lyon, un voyage en Tchécoslovaquie en 88, la commémoration du bicentenaire de la Révolution en 1989 (populaire oblige).

 

​La jeune femme avance en âge, nous sommes en 1992 et elle a 40 ans : l’âge de la maturité triomphante ; quelques cheveux gris apparaissent, la calvitie masculine aussi, les jupes rallongent un peu, mais l’enthousiasme ne faiblit pas. Cette année sera marquée par un voyage en Ukraine, qui créera des liens durables, et un concert à la Halle aux Grains, avec la Compagnie des Ballets Joseph Russillo. ​Voyages et concerts jalonneront ces années 90 : en 94, le 50ème anniversaire du débarquement, dans la Salle des Illustres ; le festival du Comminges à Valcabrère en 95, des tournées en Espagne et Allemagne les deux années suivantes ; en 98, avec l’Orchestre Baroque de Montauban, le Requiem de Marc-Antoine Charpentier, à St-Sernin, ce qui vaudra à Lucien Tognan, l’illuminé de 1952, de recevoir la médaille d’or de la ville de Toulouse ; enfin, l’an d’après, un voyage en Italie.

​Je remarque, au passage, que la chorale chantait alors de grandes œuvres religieuses (une messe, un requiem…) ; au fait, était-ce déjà tout par cœur ? J’hallucine à cette idée ! Faut-il attribuer à Lucien T… l’instauration de cette pratique à haut risque… qui fait mon désespoir – et je ne suis peut-être pas le seul ?

 

​En 2002, il y a comme un retard à l’allumage ; la Chorale Populaire de Toulouse, par coquetterie sans doute (précision importante, cette coquetterie s’appelait AZF), attendra l’année suivante pour célébrer son demi-siècle : un demi-siècle, serait-ce moins impressionnant que 50 ans ? Bien sûr, les cheveux gris ne se cachent pas tous, les crânes luisants non plus et la gamme des couleurs y gagne en nuances. La joie de chanter est toujours là, effaçant rondeurs et brioches naissantes. Après deux concerts à St Pierre-des-Cuisines et à la Halle aux Grains, c’est de nouveau au Théâtre Daniel Sorano que Lucien Tognan, ses choristes et l’Union musicale du Tarn-et-Garonne vont marquer d’une représentation exceptionnelle ce demi-siècle d’harmonie, de diffusion de la culture musicale et chorale, ce demi-siècle rythmé de nombreux concerts, échanges et belles rencontres.

 

​J’avais sous les yeux, en écrivant, la liste des choristes ayant participé à ce couronnement : combien rares sont les rescapés ! Cela montre à quel point notre quinquagénaire est restée jeune et fringante, n’hésitant pas à se renouveler, à rafraîchir ses rangs. C’est ça la vie d’une chorale, ça va, ça vient ; il y aura toujours des anciens pour assurer la pérennité, la survivance souple des traditions, le respect d’un certain idéal de beauté, de qualité, d’ouverture ; elle y accueillera de nouvelles têtes, de nouvelles voix, jeunes ou… moins jeunes. C’est la vie… tout court !

 

​Ainsi, au fil du temps, la Chorale Populaire de Toulouse a continué dans la voie tracée, malgré les inévitables changements… nécessaires, souvent bénéfiques, mais parfois perturbants : changement de chef, changements de président et de membres du Conseil, voire changements de tenues.

 

​C’est ainsi que nous pouvons fêter aujourd’hui, dans la joie, l’amitié et l’amour du chant, le 60ème anniversaire de notre chorale. Ma foi, une sexagénaire encore bien pimpante, bien dans sa peau, bien dans sa voix, avec l’espérance de lendemains qui chantent… et qui chanteront de mieux en mieux.

 

​Qu’elle vive… et chante à jamais ! »